Sortir de ma peau

Sortir de ma peau

7 octobre 2016 – Je me rappelle avoir étudié au secondaire l’histoire médiévale. J’avais été marquée par cette image de culotte en métal pour empêcher les gens d’avoir des relations sexuelles. En ce moment, c’est un des meilleurs exemples auquel je peux penser pour décrire ma situation. Quand j’ai mes règles, on dirait que je porte une culotte comme celle-là.

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Sauf qu’elle est brûlante et la chaleur passe au travers de ma peau. L’inconfort s’installe. Peu importe comment je m’assois, je me couche, j’ai mal. Si vous allez voir les sites Internet sur l’Endométriose, partout ils écrivent quelque chose comme: «Un changement dans les habitudes de vie peut aider significativement à diminuer les douleurs. Parlez avec un nutritionniste et mangez plus sainement et faîtes de l’activité physique. »

Tout d’abord, je tiens à mentionner que je mange très bien. Dans mon alimentation j’ai cherché l’équilibre et je mange végétalien. Les légumes, les fruits, les céréales complètes, les noix, les graines et les léguminueuses composent la majorité de mon alimentation alors est-ce qu’on peut dire que ce dossier-là est réglé?

Ensuite, je ne veux pas jouer les rabat-joie mais est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment je peux faire du sport régulièrement quand la moitié de chaque mois j’ai de la difficulté à simplement marcher pour me rendre à mon travail sans souffrir à en avoir envie de pleurer? Vendredi dernier, j’ai réussi à grimper deux voies et demi à l’escalade et fait un cours de yoga de 1 heure et 15 minutes. Pour moi, cette soirée était un miracle. Quand je suis rentrée chez moi, je pleurais de joie d’avoir réussi à bouger autant. Dans les dernières semaines, j’avais réussi à faire trois fois un 20 minutes de yoga sans ressentir trop de douleur.

À la mi-septembre, j’ai été hospitalisée après m’être retrouvée aux urgences car je n’arrivais plus à marcher tellement j’avais mal. Ma douleur était tellement forte qu’on m’a donné de la morphine. Je l’ai prise sans rien dire je voulais juste me sentir bien.

Tout ce que je veux c’est me sentir bien.

Je veux retourner dans les cours d’acroyoga et de yoga. Je veux recommencer à courir, je veux reprendre l’escalade de manière régulière. J’ai aussi envie d’essayer plusieurs autres activités. J’aimerais faire de la danse hip hop. Je m’ennuie de faire des randonnées dans les montagnes et de sentir la forêt…

Ces temps-ci, j’ai plus que jamais envie de sortir de ma peau. Je m’y sens prisonnière. Lorsque j’étais obèse, j’ai fait le choix de changer ma vie. J’ai commencé par l’alimentation puis j’ai progressivement découvert des sports que j’aime. J’étais bien, j’étais fière de moi. Je me sentais accomplie, forte, belle et fonceuse. J’ai perdu le contrôle de ma vie depuis que j’ai l’Endométriose. Je n’ai jamais à ce point été mal dans ma peau. Parfois j’ai des nausées et des étourdissements juste à marcher jusqu’à ma salle de bain pour aller aux toilettes.

C’est qui cette fille dans le miroir qui a pris 5 kilos en deux mois? C’est qui cette fille qui a envie d’arracher son utérus de son ventre pour arrêter de souffrir? Quand j’étais à l’hôpital, j’ai entendu le médecin dire à ma voisine de chambre qui venait de subir une hystérectomie cette belle phrase: « L’opération s’est bien déroulée, on a réussi à sortir l’utérus par le vagin. » J’en ai eu des frissons dans le dos. Ce n’est pas vrai que je ne veux plus d’utérus, je veux juste arrêter d’avoir mal. Je veux redevenir moi.

C’est qui cette fille qui sacre aux trois mots? C’est qui cette fille épuisée qui s’endort partout? C’est qui cette fille qui a du mal à accomplir son travail? C’est qui cette fille qui dépend d’opioïde pour pouvoir fonctionner et diminuer ses douleurs?

Si vous me croisez, j’irai marcher avec vous. Je vais même aussi rire et sourire. J’aurai aussi la blague facile et je raconterai avec légèreté mon hospitalisation et ma prise de morphine. Je vais aussi aller travailler et donner tout ce que je peux donner dans ma situation aux enfants que je rencontre. Quand j’anime, je ne prends pas de médicaments car je ne peux pas être somnolente devant un groupe de jeunes. Je ne veux pas être sous l’effet d’opiacés pendant que je suis avec eux car je crois que ce n’est pas éthique.

Même si j’ai envie de creuser mon ventre avec mes ongles pour arracher ma peau et arrêter d’avoir mal, ma vie continue. Je ne suis pas juste ma douleur. Je me sens bien quand je médite ou que je fais de la relaxation. J’arrive généralement à dormir malgré les douleurs… L’objet de mon billet je ne peux pas vraiment vous le dire. Je ne voulais pas me plaindre. Je ne voulais pas non plus dire que je suis si forte et résiliente et que tout va se régler en temps et lieu. Est-ce que vouloir me sentir bien dans ma peau est un assez grand motif pour consacrer un billet à mon inconfort?

Je crois que ce que je veux dire c’est que je vais bien. Il ne faudrait pas que vous vous inquiétiez pour moi. Je suis contente d’où je suis dans ma vie et des projets que j’ai. J’ai plus que jamais envie de prendre soin de moi. Je veux me dire oui, tout le temps, me mettre en premier et continuer de m’épanouir.  J’aimerais juste pouvoir titrer mon prochain billet ainsi: Je me sens bien.

Tout ce que je veux c’est me sentir bien.

Je ne me sens pas bien dans ma peau

28 juin 2025 – Republication d’un article qui date de 10 ans. Je l’ai modestement édité. Mais l’esprit de cette publication demeure intact. Je trouvais intéressant de voir comment mon point de vue a évolué dans le temps.

21 juillet 2015 – À première vue, cette phrase exprime que je manque de confiance en moi. Elle veut dire que je ne m’aime pas telle que je suis. C’est une expression qui se lit majoritairement au sens figuré. Je ne sais pas si vous saviez qu’elle peut aussi se comprendre au sens propre.

Je vous fais un résumé de mon histoire pour ceux qui ne me connaissent pas. Comme beaucoup d’enfants, j’ai vécu de l’intimidation jusqu’à la fin de mon adolescence. J’ai aussi grandi dans un contexte familial particulier. Je me suis retrouvée à faire ce que beaucoup de gens font, soit manger mes émotions.

Cela m’a conduite à peser autour de 250 livres à 14 ans. C’est d’ailleurs à cet âge-là que je me suis rendu compte qu’il y avait un problème. C’est sûr, j’étais une adolescente, alors mon estime de moi n’était pas au sommet des possibilités. On se construit et l’on doute beaucoup de nous dans cette phase difficile de la vie.

Toutefois, j’étais une jeune fille engagée dans la vie scolaire et communautaire. J’avais aussi quelques bons amis autour de moi. Ça a été suffisant pour me construire comme une fille ambitieuse, généreuse et énergique, ce que je suis toujours aujourd’hui, en version améliorer du haut de mes petits 26 ans. Entre mes 14 ans et la fin de mon secondaire, j’ai perdu du poids au lieu d’en prendre. Ensuite, j’ai passé plusieurs années au même poids jusqu’à l’année 2009-2010, ma deuxième année d’université pendant laquelle je m’étais mise au défi de manger des aliments plus satisfaisants.

Au début de l’année 2011, quelle fut ma surprise de monter sur mon Wii Balance Board et de me rendre compte que « hey, c’est pas juste un feeling que mon corps a changé et que je dois changer de vêtements, c’est vrai en chiffres aussi. » ? Encouragée par ce résultat, j’ai décidé d’en faire plus.

En 2011, j’ai pris soin de ma santé en faisant plus d’activité physique. D’excellents résultats. Je me suis retrouvée plus forte que jamais. Je ne me blessais presque plus les chevilles. Quelle fierté! Depuis ce temps, je suis en période d’acceptation de mon nouveau corps. J’ai encore du chemin à faire pour m’accepter. C’est là que mon histoire se complexifie un peu et donne du sens à mon titre de billet.

Je me trouve magnifique. Au début de l’année 2013, je me suis payé une séance photo pour avoir de magnifiques clichés pour témoigner de mon long travail à me sentir mieux dans mon corps. J’adore ces photos. J’aime beaucoup aller dans de nouvelles boutiques dans lesquelles je ne pouvais pas m’habiller avant à cause de la grossophobie généralisée dans l’industrie de la mode.

J’ai ajouté à ma garde-robe plusieurs robes et plusieurs jupes. Je me sens plus belle que je ne me suis jamais sentie. Ce cheminement, je l’ai fait pour ma santé, pas parce que les magazines de mode dictent de ressembler à ceci ou cela. J’ai atteint un poids où je me sentais à l’aise pour bouger.

J’étais en couple, j’étais bien entourée, je faisais de la course, du yoga et de l’acroyoga. Je me regardais dans mon miroir et je me disais quand même « coudonc, j’ai dont ben du poids à perdre encore, mes cuisses, mon ventre, bah, plus tard! »

Puis un jour, me regardant, j’ai pincé ma peau entre mes mains. J’ai attrapé les bouts de peau comme dans les émissions de perte de poids extrême à la télé. J’ai découvert que j’ai aussi une belle couche de peau molle et vide qui pend de mes bras, mes cuisses, mon dos, mon ventre… Ah! Surprise! Horreur!

Puis après est venu un long processus de deux ans pendant lequel j’ai fait le deuil d’avoir un corps parfait (on est tellement influencés!) Même si je me muscle beaucoup, il restera toujours du mou. Je me devais d’accepter cela. Le chemin vers cette acceptation n’est pas encore terminé, mais il est beaucoup plus avancé qu’il ne l’était il y a deux ou trois ans, en 2012. C’est un procédé d’amélioration continue qui me demande beaucoup d’amour de moi-même à moi-même.

C’est à ce moment que j’entre dans le vif du sujet. Je me sens mal dans ma peau. Je porte souvent une gaine parce que je trouve cela inconfortable lorsque mon bourrelet de peau molle tombe par dessus mes pantalons. Je me sens mieux quand le tout est maintenu en place, même si c’est artificiellement.

Je n’aime pas regarder mes bras dans le miroir et voir que la peau de mes bras est irritée après ma course à cause que la peau molle a frotté. Je n’aime pas mettre des vêtements qui montrent mes cuisses, car la gravité fait des choses que je n’aime pas voir avec cette peau molle quand je suis debout. Ma peau se balade de chaque côté de mes jambes selon la position dans laquelle je me trouve. Vous devriez me voir faire des planches abdominales au gym, c’est assez drôle de voir le bout de peau tourner et pendre d’un côté différent selon si je suis en planche latérale ou en planche standard. C’est tout un spectacle que je n’aime pas beaucoup voir personnellement.

Je déteste ma peau. Je me sens mal dans cette peau flasque. C’est clair que je pourrais me laisser avoir au piège de vouloir perdre encore plus de poids, de vouloir m’entraîner encore plus fort… Et même de contrôler mon alimentation. Toutefois, ce bedon mou, ces bras et ces cuisses remplis de peau pendante, ils ne partiront jamais.

Je me sens mal de me sentir mal dans ma peau. Je devrais me sentir bien. J’ai travaillé tellement fort pour me rendre là où je suis. Cela m’a demandé tellement de détermination. J’aimerais beaucoup aimé mon corps et surtout me sentir bien dedans. J’aimerais être confortable dans mes mouvements et dans mes vêtements.

La réalité n’est pas ça. La réalité c’est que je ne me sens pas confortable. Je me sens dérangée par cette peau qui pend. Je me sens parfois encore comme je me sentais quand j’étais plus ronde, soit dégueulasse. Je sais que le mot est fort et pourrait déranger, mais c’est comme ça que je me sentais et me sens encore. Mon corps me dégoûte car, je n’arrive pas à me sentir bien dedans. Je croyais qu’en perdant du poids, enfin je me sentirais plus confortable dans mes vêtements et dans mes mouvements.

Maintenant, quand je fais de l’entraînement et que je dois sauter ou faire des mouvements brusques, ma peau me cause de la douleur. Ça tire, ça pince, ça coince. Ce n’est pas juste (à mes yeux on s’entend) laid, c’est aussi douloureux! Quand est-ce que je vais en sortir de ce cercle vicieux?

Je pourrais aller me prendre un prêt à la banque et aller rencontrer un chirurgien esthétique et faire enlever ce surplus de peau. Franchement, si je n’avais pas autant de dettes à cause de mes études universitaires, j’envisagerais probablement de le faire. La réalité est pourtant que je dois apprendre à vivre avec ces cuisses, ces bras, et ce ventre. Je suis qui je suis. Je suis devenue obèse de mon enfance à mon adolescence.

J’ai travaillé très fort pour avoir de bonnes habitudes de vie. Je suis extrêmement fière d’être une personne active. J’aime marcher, courir, faire de la randonnée, de l’acroyoga, j’ai l’intention de m’initier à l’escalade cet été.

Je mange bien, j’adore bien manger et cuisiner. J’aime mettre toutes les robes et les jupes qui s’entassent dans mon garde-robe. Je mange du dessert quand ça me tente. Je bois une bière quand ça me tente (et plus qu’une aussi si ça me tente). Je voudrais juste trouver un moyen d’être bien dans ma peau. De ne pas me sentir dérangée dans mes mouvements.

On met beaucoup de lumière dans les médias sur les pertes de poids spectaculaires avec les émissions de transformation extrême. On en fait même des versions québécoises. Je crois que nous devrions mettre moins de temps d’antenne sur ces gens. Pas parce que leur travail n’est pas impressionnant ou difficile. Je suis très bien placée pour comprendre ce par quoi ils passent.

Je dirais plutôt que je crois que la solution à mon problème (et sans doute celui de tous ceux qui sont dans la même situation que moi) se trouve ailleurs. Elle se trouve dans un mot très simple : prévention. Un mot qui n’a pas sa place dans notre société qui tourne aux coupures financières dans les services publics. Mon bedon mou et douloureux, il va rester là. Avec les années, je vais l’aimer et l’accepter.

Toutefois, je voudrais voir plus de cours de cuisine dans les écoles, dès le primaire. Plus de nourriture maison, moins de produits préfabriqués. J’aimerais voir plus de restos/écoles de cuisine qui montrent aux gens comment préparer dans le plaisir de la bonne et belle nourriture.

J’aimerais que tout le monde sache comment couper un oignon et faire une coupe de légumes jardinière. Le problème ce n’est pas que les gens ont une mauvaise hygiène de vie, c’est qu’ils ne savent pas comment avoir une bonne hygiène de vie.

J’aimerais voir plus de serres et de potagers urbains. Plus de jardinage sur des balcons et des toits. Soit encore plus d’agriculture urbaine. J’aimerais voir des cours de jardinage et de cuisine obligatoires dans les écoles. Pour moi, c’est là que la solution est. En reprenant le contrôle de ce qui se retrouve dans notre assiette.

En apprenant aux citoyens de demain comment faire pousser leurs carottes, comment les couper, comment composter les morceaux non-utilisés, etc. Je crois que la réponse à l’épidémie de maladies cardiaques et de diabète réside dans la prévention. Pour moi, celle-ci passe par l’éducation à l’alimentation et l’agriculture urbaine (ou aux jardins dans les cours arrières pour ceux qui ne vivent pas en ville).

Alors la solution à mon problème réside dans le travail à voir ces changements arriver. Je suis engagée depuis bientôt deux ans dans un organisme qui s’appelle la Coop de Solidarité Éconord. Nous travaillons avec tout notre cœur de bénévoles à des projets d’agriculture urbaine à Montréal-Nord. Nous faisons un énorme travail aussi dans le programme éco-quartier du même arrondissement pour contribuer à l’éducation de la population à des habitudes écoresponsables, à ce que j’appelle l’éco-citoyenneté.

Si nous continuons de travailler avec les citoyens directement près de chez eux, nous allons réussir. Pensons aux succès comme celui d’Équiterre qui fête cette année les 20 ans de son programme de paniers de légumes. Continuons ensemble de travailler au développement de l’agriculture urbaine à Montréal et partout ailleurs.

J’ose espéré que vous viendrez jardiner et cuisiner avec moi bientôt. Ma porte vous est ouverte pour qu’on partage nos connaissances sur ces sujets.